Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/61

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Sa position ainsi assurée, le jeune professeur exécuta un projet longtemps caressé et qui comblait ses vœux les plus chers ; il épousa une charmante jeune fille que depuis longtemps il aimait en secret, et dont la famille, très honorable, appartenait à la haute magistrature.

Ce mariage portait en lui-même tous les éléments de bonheur pour les jeunes époux.

Tout leur souriait ; amour, gloire, fortune, ils possédaient tout ; ils n’avaient plus, pour ainsi dire, qu’à se laisser vivre, pour être aussi complètement heureux dans l’avenir qu’ils l’étaient dans le présent. Mais le malheur est jaloux ; il ne perd jamais ses droits ; ses griffes crochues s’aiguisaient dans l’ombre.

La jeune femme devint enceinte. Elle eut une grossesse difficile, que quelques imprudences rendirent mauvaise ; elle eut des couches laborieuses à la suite desquelles elle expira dans les bras de son mari désespéré, en mettant au jour un fils.

Le docteur adorait sa femme ; il faillit devenir fou de douleur. Pendant deux mois il fut entre la vie et la mort ; plusieurs fois on désespéra de le sauver ; mais la jeunesse fut la plus forte, le malade guérit pour souffrir.

Il donna sa démission de professeur et sollicita sa nomination dans l’armée en qualité de chirurgien militaire ; sur sa demande, il fut attaché à l’armée d’Afrique.

Ne voulant pas avoir recours au suicide, cherchait-il la mort sur un champ de bataille ? Tous ses amis le supposèrent.

Peut-être avaient-ils raison ; sa conduite sembla le prouver ; jamais témérité plus grande, bravoure plus folle ne furent mises au service de l’accomplissement du devoir.

Là où la lutte était le plus acharnée, où la furia belliqueuse était le plus intense, au milieu de la mitraille, le docteur allait ramasser et panser les blessés, avec un sang-froid de marbre, le sourire sur les lèvres, et semblant ne rien voir de ce qui se passait autour de lui.

Mais la mort est capricieuse et fantasque ; elle dédaigne ceux qui la recherchent avec acharnement.