Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/77

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en sursaut ; elle sourit et, tendant gracieusement la main au médecin :

— Pardonnez-moi, mon bon docteur, mon père, dit-elle de sa plus douce voix, je rêvais.

— Je m’en suis aperçu, madame, répondit-il avec bonhomie ; voilà pourquoi je me suis permis de vous rappeler du ciel sur la terre.

– Dans l’enfer plutôt, mon bon docteur, répondit-elle avec mélancolie ; vous me disiez ?

— Je vous demandais, madame, comment vous avez passé la nuit.

— Je l’ai passée à trembler, docteur, et à réfléchir ; ce matin seulement, quand le jour s’est levé, je me suis endormie pendant deux ou trois heures.

— Vous n’aviez rien à redouter de votre mari, madame ; j’ai la certitude qu’il est retourné à bord du bâtiment qui l’a amené, sans communiquer avec personne à terre ; le bâtiment est parti aussitôt le retour de votre mari.

— Je sais cela, docteur, je l’ai appris il y a un instant ; mais il peut revenir. Quand reviendra-t-il ?

— Oui, voilà ce qu’il y a à redouter ; il reviendra certainement.

— Dans quelques jours peut-être ?

— Je ne le pense pas ; il vous croit morte ; tout doit l’affermir dans cette croyance, car ses précautions étaient prises de telle sorte qu’un miracle seul pouvait vous sauver.

— Et ce miracle, docteur, mon bon et cher docteur, dit-elle avec une affectueuse reconnaissance, c’est vous qui l’avez opéré.

— Je n’ai été que le simple instrument choisi par la Providence, madame, répondit le docteur en souriant ; votre mari est la cause première de ce miracle.

— Comment cela ?… je ne comprends pas, dit curieusement la marquise.

— Votre mari est une bête féroce, un fauve de la pire espèce ; quels que fussent les motifs qu’il avait, ou croyait avoir de se venger de vous…