Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/92

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cieusement le maître d’hôtel, qui était l’homme sérieux de la réunion.

La jeune fille pleura, fit des difficultés ; enfin elle se rendit à l’opinion générale. En somme, elle joua son rôle en actrice consommée ; tous les assistants furent dupes de sa petite comédie.

Le papier si adroitement escamoté par la jeune fille contenait des instructions détaillées sur ce qu’elle devait faire.

La comédie continua entre la maîtresse et la soubrette enfin elle se décida à partir ; la marquise lui remit une jolie somme d’argent, lui fit cadeau de quelques robes, jupons, fichus, etc., et la fillette fit ses malles avec celle que sa maîtresse lui confiait, cela faisait trois.

Une fois bien entendu qu’elle partait, elle se hâta de faire ses préparatifs ; une voiture partait à trois heures pour Bayonne, il fallait en profiter ; le concierge alla retenir une place, et un domestique, chargeant les bagages sur une brouette, les transporta au bureau de la voiture, qui n’était qu’à quelques pas, les fit enregistrer, et surveilla leur chargement.

Le moment du départ arrivé, la marquise accompagna, jusqu’au perron, Clairette, qui pleurait à chaudes larmes d’être obligée de se séparer de sa maîtresse. Celle-ci l’assura que, dès que son mari serait de retour de son voyage, elle irait passer l’hiver à Paris, qu’elle la reverrait, et que, si elle ne se trouvait pas heureuse, elle la reprendrait à son service, ce qui fit grand plaisir à la jeune fille.

Tous les domestiques furent complètement dupes de cette scène, jouée avec une rare perfection.

Enfin, la jeune fille partit, non pas sans se retourner plusieurs fois, les larmes aux yeux.

La marquise paraissait très affectée du départ de sa camériste. Avant d’entrer dans son appartement, elle dit au maître d’hôtel :

— Monsieur Antoine, chargez-vous, je vous prie, de me trouver pour demain une femme de chambre ; tâchez, au-