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JACK ET JANE.

Jane, que, tout bien considéré, Lucile n’était pas trop à plaindre.

— Si je ne puis pas redevenir ce que j’étais, je tâcherai de lui ressembler, répondit Jane avec émotion. Mais j’espère que je n’en aurai pas besoin, s’écria-t-elle d’un air si décidé, qu’il était évident qu’elle ne se sentait nullement la vocation d’être une sainte malade.

— Je l’espère comme vous, chérie, mais il vous faudra tâcher quand même de rendre aussi profitables que possible les journées qui s’écouleront encore avant votre complet rétablissement. Votre pauvre petit dos est devenu pour vous une sorte de conscience vivante, qui vous apprendra bien vite à obéir, si vous voulez l’écouter, et, quand vous serez remise, vous aurez pris toutes sortes de bonnes habitudes. C’est ainsi que notre petite Lucile, à nous, peut, si elle le veut, donner le bon exemple à tous sans sortir de sa chambre.

— Vous croyez, madame ! » s’écria Jane, les yeux pleins de larmes moins amères en entendant ces bonnes paroles qui devaient germer dans son cœur et y fructifier.

Un peu plus tard, les deux frères revinrent ensemble dans la chambre des Oiseaux. La leçon de latin était récitée et la paix rétablie ; aussi Jack montra-t-il fièrement à sa petite amie le timbre qu’il avait regagné, car Frank était aussi juste que sévère.

Jane, sans lui en dire la raison, lui demanda le vieux timbre rouge, et le colla dans sa grammaire comme un sceau apposé sur une promesse qu’elle devait tenir.