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JACK ET JANE.

distinction naturelle de leur petite sœur et son amour du beau sous toutes les formes. Merry elle-même était une jolie jeune fille d’une quinzaine d’années. On se demandait comment cette plante délicate avait fait pour fleurir dans ce rude milieu ; elle ressemblait si peu à ceux qui l’entouraient, qu’on eût dit une rose rare éclose au milieu d’un champ de trèfle.

Les goûts artistiques de Merry, que personne ne comprenait dans sa famille, la rendaient un peu malheureuse. Cependant chacun l’aimait à sa manière, et son père l’adorait. Il n’avait pas de plus grand plaisir que de la regarder ; mais il ne se doutait nullement de ce qui lui manquait, et la fillette elle-même ne le savait peut-être pas très bien.

Lorsque ses amies fondèrent leur nouvelle société, Merry résolut non seulement de s’efforcer d’aimer le travail pour son propre compte, mais encore d’amener toute sa famille à partager son goût pour les jolies choses. Merry aimait aller en classe, lire des histoires et même s’essayer à en écrire ; mais elle n’aimait ni balayer les chambres, ni essuyer les meubles, ni coudre ; et tous les ouvrages domestiques que sa mère voulait lui faire apprendre étaient pour elle autant de corvées.

« Je commencerai aujourd’hui même, se dit-elle un soir pendant le souper, et il faudra que je leur prouve ainsi à tous que je tiens tout autant à faire mon devoir qu’à être distinguée. »

Elle regarda autour d’elle d’un air pensif. Certainement il n’y avait rien de bien attrayant pour un admirateur du beau.

La grande chambre qui servait de salle à manger bril-