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MERRY ET MOLLY.

lait de propreté ; mais, excepté un charmant géranium posé par Merry devant la fenêtre, rien n’y était joli. Ceux qui y dînaient n’étaient peut-être pas non plus ce que l’on pouvait désirer sous le rapport de l’élégance. Ils mangeaient avec leur couteau, parlaient la bouche pleine, et riaient à tout propos un peu gai à gorge déployée. Cependant Tom, Dick et Harry étaient de remarquables spécimens de la race américaine ; le fermier, hâlé par le soleil, n’en avait pas moins la figure la plus bienveillante qu’on pût voir, et la maîtresse de maison était le type d’une bonne ménagère. Cette dernière regardait souvent sa fille et semblait prendre plaisir à contempler ce front intelligent, ces yeux limpides et cette bouche souriante ; c’était une joie pour elle d’écouter la voix douce de sa fille, qui résonnait d’autant plus harmonieusement au milieu des grosses voix du fermier et de ses fils.

Le soir dont nous parlons, Merry avait l’air si absorbée que son père le remarqua aussitôt.

« À quoi pensez-vous, mignonne ? lui demanda-t-il. Qu’est-ce qui vous préoccupe comme cela ? Venez me confier vos secrets, »

Il se leva et alla s’installer devant le poêle où séchaient trois paires de gros souliers crottés. Ces souliers en évidence faisaient le désespoir de Merry, mais il n’y avait pas moyen de faire entendre raison à ses frères.

« Papa, lui dit-elle, je vous dirai mes secrets aussitôt que j’aurai aidé la bonne à débarrasser tout cela. Reposez-vous donc aussi, maman, Roxy (c’était le nom de la bonne) et moi nous pourrons bien faire l’ouvrage toutes seules. »