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DONATELLO.

jours. Pendant son absence, il se mit à l’œuvre avec tous ses élèves, réduisit une épaule à l’un, un bras à l’autre, fit passer le bras de l’un sur l’épaule de l’autre, et en un mot les agença si bien qu’il répara la bévue de Nanni, et que maintenant il est impossible de s’en douter. Nanni à son retour le remercia vivement et lui paya de bon cœur un riche dîner. »

Cette sorte de gaîté de Donatello ne l’abandonne jamais dans la vie. Il semble réserver sa haute et éloquente tristesse pour son œuvre. Mais dans les occasions extérieures, il a toujours quelque bonne malice, qui va parfois jusqu’à la charge d’atelier, uniquement pour le plaisir, semble-t-il, de se détendre les nerfs, mais qui, le plus souvent aussi, enclôt quelque judicieuse remarque, quelque observation vive et pénétrante d’art et d’humanité.

Ainsi dans ses rapports avec cet excellent Paolo Uccello, qui dans son affolement pour la science, et dans son adorable naïveté d’homme absorbé par un seul but, perd souvent le juste point de vue des choses pour y vouloir mettre trop de logique. Il n’y a pas de mot plus plein de sens, plus utile pour ainsi dire, que cette réflexion, lorsque Paolo, épris de perspective au point de ne plus faire autre chose et de sacrifier son œuvre et sa vie, montre à Donatello avec ravissement des couronnes héraldiques mises en perspective, ou des boules à soixante-douze faces et à pointes de diamant, ou des copeaux enroulés sur un bâton, et autres figures théoriques autant que compli-