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LE COLLAGE

pour éviter des froissements, je fais l’aimable entre les deux, et, profitant de ce que le Chaudron est également Lorraine, je les présente l’une à l’autre : « Vous êtes compatriotes ! » Célina, mal éveillée, reste froide, mais le Chaudron se montre familier et bienveillant.

Le lendemain pourtant, en retrouvant Célina dans mon lit, la mégère fait la moue, sa lèvre inférieure pend davantage. Le troisième jour, s’apercevant que Célina a un peu nettoyé la cuisine, le Chaudron change encore de tactique. En nous servant à déjeuner, elle m’accable de prévenances gênantes. Par exemple, lorsqu’elle apporte les côtelettes, elle me souffle à l’oreille : « Tenez, monsieur, prenez donc celle-ci. L’autre est bien assez bonne pour elle ! » Puis, à un moment où Célina se lève afin d’aller chercher son mouchoir, le Chaudron saute presque sur moi, toute vibrante, pour me dire dans le cou :

— Est-ce qu’elle ne va pas bientôt nous lâcher ?… Nous n’avons pas besoin d’elle ici !…

Ce « nous » me dégoûte, comme un contact imprévu de sa lèvre pendante, comme la menace de quelque accouplement monstrueux. En même temps, dix-huit mois de service à coups de poing se dressent dans ma pensée. Je revois tout : la poussière laissée sur les meubles, et la crasse agglomérée dans les coins, et les toiles d’araignée oubliées au plafond. Danse du panier déguisée,