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LE COLLAGE

presse d’ouvrir, croyant voir le porteur d’eau. Non ! c’est Flore !

Elle apporte une serviette oubliée la veille en nous rendant le linge, oubliée peut-être exprès. Posant son panier à terre au milieu de l’antichambre, elle me remet la serviette. Puis elle ne s’en va pas. « Vous êtes bien gentille ! » lui dis-je en souriant. Et je cherche dans mes poches ; le hasard veut que je n’ai pas un sou sur moi. Je me permets alors une familiarité, je veux lui prendre la main. Mais elle recule d’un pas vers la fenêtre, en jetant un regard effrayé sur la porte, restée grande ouverte, par où l’on pourrait, en effet, nous voir de l’escalier. Alors, curieux de savoir si j’ai deviné sa pensée, je ferme doucement cette porte, puis je viens lui reprendre la main. Cette fois, elle ne se dégage pas. Sans rougeur à la joue, sans tremblement involontaire, de l’air le plus naturel, elle reste là, tout contre moi, paraissant s’y trouver bien. Invinciblement attiré, je m’avance encore ; déjà, à travers le mince corsage d’indienne, mouillé de l’égouttement du linge au lavoir, je sens son cœur, son petit cœur, battre régulier comme un tic-tac de montre ; et sa résille blonde, aux quatre épingles dorées, m’arrive au visage, laissant passer de ses cheveux cendrés qui me chatouillent les lèvres. Je commence à perdre la tête ; que doit-il se passer dans la sienne ? Attend-elle quelque chose ? Est-