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LE RETOUR DE JACQUES CLOUARD

fois tempérée par un sourire maternel, la Suissesse lui cria :

— C’est comme cela que vous gardez ma boutique, vous !… Eh ! si l’on était venu me voler quelque gruyère, un panier d’abricots ?

Comprenant la plaisanterie, Clouard souriait. Il n’avait pas bonne mine. Une vraie figure de papier mâché, dans laquelle s’enfonçaient de petits yeux, à cils rares et à paupières rougies, mais ardents et fébriles, luisant comme des braises. Son front haut, bombé, étroit, était couronné de cheveux poivre et sel, éclaircis et comme reculés par la calvitie naissante. Les pommettes des joues lui saillaient ; sa barbe inculte, mal peignée lui faisait une broussaille blonde, çà et là salie par des parties blanches. Rien que quarante-trois ans : presque un vieillard !

— Vous avez l’air toute gaie ce matin ! dit-il en s’approchant de la fruitière. Que vous est-il donc arrivé ?

Sans répondre, celle-ci pelait des pommes de terre pour le déjeuner. Mais, du coin de l’œil, elle surveillait Clouard. Lui, s’asseyait déjà devant son établi. Tout à coup, une exclamation ! Et se tournant vers la fruitière, le Petit Lyonnais à la main :

— C’est vous qui m’avez apporté… ? Vous êtes bien aimable, madame !

Il dévorait des yeux la dépêche de Paris, don-