Page:Amable Floquet - Histoire du privilege de saint Romain vol 2, Le Grand, 1833.djvu/556

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


celui qu’ils voulaient. » Voilà le cérémonial de la fierte, dans sa simplicité primitive ; le voilà tel que les neuf vieillards, interrogés en 1210, savaient qu’il avait existé sous Henri II et Richard-Cœur-de-Lion. Or, de quel autre château, de quelles autres prisons se pouvait-il agir ici, que de la tour du bord de la Seine, du château ou palais de Richard Ier. et de Henri Ier., devenus la demeure des ducs Henri II, Richard-Cœur-de-Lion, et enfin de Jean-Sans-Terre ? C’était donc là, l’enquête de 1210 l’atteste, que, chaque année, le jour de l’Ascension, les chanoines allaient choisir le prisonnier qu’ils voulaient délivrer. La tour était à la fois une prison et un palais ducal. Les chanoines, qui allaient aux portes de la prison désigner l’infortuné qu’ils voulaient rendre à la vie et à la liberté, pouvaient bien aussi franchir les degrés du palais, demander au duc ou à ses officiers le prisonnier qu’ils avaient choisi, et remercier ce prince, ces officiers d’avoir bien voulu le leur laisser emmener. Toujours l’enquête de 1210 nous indique-t-elle que c’était au palais ducal, c’est-à-dire à la Vieille-Tour, qu’ils se rendaient. Jamais on ne trouvera que le prisonnier ait été délivré ailleurs.

Or, des diverses prisons de Rouen, que nous avons mentionnées plus haut, les unes sont antérieures de trois siècles et plus à la tour du bord de la Seine ; les autres lui sont postérieures, mais toutes sont étrangères au privilége de la fierte, à la cérémonie du prisonnier. De cette préférence de tous les tems n’y a-t-il rien à conclure ? Dans ses cérémonies, l’église est, en général, gardienne fidèle des plus anciennes traditions ; et en cela, non moins que dans des matières d’un ordre plus élevé, sa maxime est volontiers : « quod semper », c’est-à-dire, faire comme on a toujours fait, conserver ce qui a toujours été. Le plus ancien titre qui parle du privilége indique, on l’a vu, le palais des ducs comme l’endroit où, aux époques les plus reculées dont on eût mémoire, s’accomplissait la délivrance du prisonnier. Dans les derniers tems de l’existence du privilége, la fierte était toujours levée en ce