Page:Anatole France - Autels de la peur.djvu/51

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


une maison basse dont la porte vitrée était surmontée d’une branche de houx. C’était le cabaret le plus proche de la prison et celui par conséquent que devaient fréquenter les guichetiers et les porte-clefs.

Il s’assit dans la salle commune, et commanda son dîner. Le cabaretier lui servit une omelette au lard. Pendant qu’il mangeait, un gros chien allongea le museau dans son assiette.

— Ah ! ah ! c’est Ravage, dit le cabaretier ; le chien du porte-clefs. Il est chargé de garder la nuit la cour qui sépare les hommes des femmes ; ce qui n’est pas, à vrai dire, une mince besogne. La semaine dernière, il a laissé des prisonniers entrer dans le corridor des femmes. Le lendemain matin, il se promenait fièrement, portant attaché à la queue un assignat de 100 sous et un billet sur lequel étaient écrits ces mots : « On peut corrompre Ravage avec un assignat de 100 sous et un paquet de pieds de mouton. » Ravage perdit contenance en voyant tout le monde rire. Il fut mis au cachot. T’en souviens-tu, Ravage ?

Le chien alla, la tête basse, se coucher devant la cheminée.

— Ah ! dit le cabaretier, c’est que son maître ne plaisante pas avec la consigne. Les guichetiers de la Bourbe ne se laissent pas corrompre comme leur chien.

— Fort bien ! dit Marcel. Ce sont des patriotes. Je voudrais bien causer avec l’un deux.

Le cabaretier lui assura que rien n’était plus facile, puisqu’ils venaient deux fois le jour dans son établissement.