Page:Anatole France - La Vie en fleur.djvu/107

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lière et Maurisset s’égalaient ; à peine pouvait-on dire que Radel était plus exact, Laperlière plus élégant, Maurisset plus concis. La concision, au jugement de M. Beaussier, était peut-être le principal mérite de Maurisset. Étranger à tout ce qui se disait et se faisait dans la classe, négligeant les préceptes les plus utiles, ignorant les règles les plus nécessaires, je produisais des thèmes et des versions bien éloignés de cette exactitude, de cette élégance et de cette concision. Tout ce qui sortait de ma plume abondait en solécismes et en barbarismes, en faux sens et en contre-sens. À la vue de ma copie, le visage de M. Beaussier exprimait tout à coup une tristesse décente, une sombre réprobation. Un pli douloureux contractait les lèvres minces et sinueuses du maître, qui me reprochait amèrement les incorrections dont fourmillaient mes devoirs et le mauvais goût qui achevait de les déparer à ses yeux ; ce mauvais goût désolait M. Beaussier et le grief qu’il m’en faisait m’accablait d’autant plus que je n’entrevoyais pas le moyen de m’en décharger en améliorant mon goût. Aujourd’hui, après tant d’années, je ne sais pas encore en quoi M. Beaussier trouvait mon goût si