Page:Anatole France - Le Crime de Sylvestre Bonnard, 1896.djvu/121

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III

J’ai écrit à ma gouvernante, comme je m’y étais engagé, que j’étais sain et sauf. Mais je me suis bien gardé de lui dire que j’eus un rhume de cerveau pour m’être endormi le soir, dans la bibliothèque, pendant que la fenêtre était ouverte, car l’excellente femme ne m’eût pas plus ménagé les remontrances que les parlements aux rois. « À votre âge, Monsieur, m’eût-elle dit, être si peu raisonnable ! » Elle est assez simple pour croire que la raison s’augmente avec les années. Je lui semble une exception à cet égard.

N’ayant pas les mêmes motifs de taire mon aventure à madame de Gabry, je lui contai tout au long ma rêverie, à laquelle elle prit un grand plaisir.

— Votre vision, me dit-elle, est charmante, et il faut bien de l’esprit pour en avoir de pareilles.

— C’est donc, lui répondis-je, que j’ai de l’esprit quand je dors.

— Quand vous rêvez, reprit-elle ; et vous rêvez toujours !