Page:Anatole France - Le Crime de Sylvestre Bonnard, 1896.djvu/122

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Je sais bien qu’en parlant ainsi, madame de Gabry n’avait pas d’autre idée que de me faire plaisir, mais cette seule pensée mérite toute ma reconnaissance, et c’est dans un esprit de gratitude et de douce remembrance que je la note en ce cahier, que je relirai jusqu’à ma mort et qui ne sera lu par personne autre que moi.

J’employai les jours qui suivirent à achever l’inventaire des manuscrits de la bibliothèque de Lusance. Quelques mots confidentiels qui échappèrent à M. Paul de Gabry me causèrent une surprise pénible et me déterminèrent à conduire mon travail autrement que je ne l’avais commencé. J’appris par ces quelques mots que la fortune de M. Honoré de Gabry, mal gérée depuis longtemps et emportée en grande partie par la faillite d’un banquier dont j’ignore le nom, n’était transmise aux héritiers de l’ancien pair de France que sous la forme d’immeubles hypothéqués et de créances irrecouvrables.

M. Paul, d’accord avec ses cohéritiers, était décidé à vendre la bibliothèque, et je dus rechercher les moyens d’opérer cette vente le plus avantageusement possible. Mais, étranger comme je le suis à tout négoce et trafic, je résolus de prendre