Page:Anatole France - Le Crime de Sylvestre Bonnard, 1896.djvu/215

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— Vous me croyez donc bien déplaisant, Jeanne ?

Elle mordilla ses lèvres, comme pour les punir d’avoir remué à tort, puis elle reprit d’un ton câlin, en me faisant de gros yeux doux, des yeux de caniche :

— Je sens bien que j’ai dit une bêtise, mais en vérité je ne vois aucune raison pour que vous plaisiez à mademoiselle Préfère. Et pourtant vous lui plaisez beaucoup, beaucoup. Elle m’a fait appeler et m’a fait toutes sortes de questions sur vous.

— En vérité ?

— Oui, elle voulait connaître votre intérieur. Imaginez-vous qu’elle m’a demandé l’âge de votre bonne !

Et Jeanne éclata de rire.

— Eh bien, lui dis-je, qu’en pensez-vous ?

Elle garda longtemps les yeux fixés sur le drap usé de ses bottines et elle semblait absorbée par une méditation profonde. Enfin, relevant la tête :

— Je me défie, dit-elle. Il est bien naturel, n’est-ce pas, qu’on soit inquiète de ce qu’on ne comprend pas. Je sais bien que je suis une étour-