Page:Anatole France - Le Crime de Sylvestre Bonnard, 1896.djvu/253

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— Et pourquoi donc ? demandai-je, étonné.

— Monsieur, me répondit-elle, les raisons qui m’obligent à rendre vos visites ici moins fréquentes sont d’une nature particulièrement délicate et je vous prie de m’épargner la contrariété de les dire.

— Madame, répondis-je, je suis autorisé par le tuteur de Jeanne à voir sa pupille tous les jours. Quelles raisons pouvez-vous avoir de vous mettre en travers des volontés de M. Mouche ?

— Le tuteur de mademoiselle Alexandre (et elle pesait sur ce nom de tuteur comme sur un point d’appui solide) souhaite aussi vivement que moi voir la fin de vos assiduités.

— Veuillez, s’il en est ainsi, me donner ses raisons et les vôtres.

Elle contempla la petite spirale de papier et répondit avec un calme sévère :

— Vous le voulez ? Bien qu’une telle explication soit pénible pour une femme, je cède à vos exigences. Cette maison, monsieur, est une maison honorable. J’ai ma responsabilité : je dois veiller comme une mère sur chacune de mes élèves. Vos assiduités auprès de mademoiselle Alexandre ne pourraient se prolonger sans nuire