Page:Anatole France - Le Crime de Sylvestre Bonnard, 1896.djvu/322

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


regard inquiet et à tout moment arrêtait son aiguille pour le reprendre sur ses genoux. Le pauvre petit ne voulait pas s’endormir. Il disait que quand il dormait il allait loin, bien loin, où c’était noir et où il voyait des choses qui lui faisaient peur et qu’il ne voulait plus voir.

Alors, sa mère m’appelait, et je m’asseyais près de son berceau : il prenait un de mes doigts dans sa petite main chaude et sèche et il me disait :

— Parrain, il faut que tu me contes une histoire. Je lui faisais des contes de toute sorte, qu’il écoutait gravement. Tous l’intéressaient, mais il y en avait un surtout dont sa petite âme était émerveillée : c’était l’oiseau bleu. Quand j’avais fini, il me disait : Encore ! encore ! Je recommençais, et sa petite tête pâle et veinée tombait sur l’oreiller.

Le médecin répondait à toutes nos questions :

— Il n’a rien d’extraordinaire !

Non ! le petit Sylvestre n’avait rien d’extraordinaire. Un soir de l’an dernier, son père m’appela :

— Venez, me dit-il ; le petit est plus mal.