Page:Anatole France - Le Petit Pierre.djvu/148

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


plus horrible. Un soir, en montant à sa mansarde, sa chandelle à la main, Mélanie vit sur sa porte un Amour dessiné à la craie ; son arc et son carquois pendaient entre ses ailes, et, l’air suppliant, il heurtait de son petit poing la porte close. Soupçonnant véhémentement M. Ménage d’avoir fait ce dessin injurieux, elle l’en traita de polisson et d’olibrius, et m’interdit, à nouveau, toute familiarité avec un tel malappris.

Peu de personnes enfin étaient jugées propres à frayer avec moi.

Je ne devais pas jouer, dans la cour, avec l’enfant de la cuisinière de M. Bellaguet, le jeune Alphonse, doué d’un esprit fertile en artifices et d’un caractère audacieux ; mais il avait de mauvaises manières, parlait grossièrement, jouait des mains comme un vilain, et vagabondait. Alphonse m’emmena un jour chez un boulanger de la rue Dauphine, connu de lui, qui vendait des rognures d’hosties, dont il commanda pour un sou, que je payai, car c’était moi le riche. Nous en fîmes deux parts que nous emportâmes dans nos tabliers ; et Alphonse, en chemin, les mangea toutes. Cette équipée m’attira des reproches sévères,