Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/114

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pensée de l’abandon où il vous laisse. Êtes-vous sûr au moins qu’au jour de votre mort, quand vous paraîtrez devant Dieu, il sera à votre côté, pour prendre sur lui les péchés où il vous aura laissé choir ? »

Ayant parlé de la sorte, il remit son livre dans sa poche et s’en alla d’un pas irrité, suivi de loin par les ramoneurs et les marmitons étonnés.

Le bon M. Chanterelle restait seul sur sa borne, avec la princesse de Savoie, et, songeant qu’il s’exposait aux peines de l’enfer éternel pour donner une poupée à mademoiselle de Doucine, sa nièce, il méditait les mystères insondables de la religion.

Ses jambes, déjà chancelantes depuis plusieurs mois, refusaient de le soutenir, et il était aussi malheureux qu’un homme de bonne volonté peut l’être en ce monde.

Il y avait déjà quelques minutes qu’il demeurait en détresse sur sa borne, quand un capucin s’approcha de lui et lui dit :

« Monsieur, ne donnerez-vous point des étrennes aux petits frères qui sont pauvres, pour l’amour de Dieu ?