Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/165

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De cette manière, il faisait entendre qu’il en savait beaucoup. Mais il n’en connaissait pas le nombre.

Le riche Mégès répliqua d’un ton moqueur :

— Les chanteurs errants disent toujours, dans l’espoir d’un bon repas et d’un riche présent, qu’ils savent beaucoup de chansons ; mais, à l’épreuve, on s’aperçoit qu’ils ont retenu un petit nombre de vers, dont ils fatiguent, en les répétant, les oreilles des héros et des rois.

Le Vieillard fit une bonne réponse :

— Mégès, dit-il, tu es illustre par tes richesses. Sache que le nombre des chants connus de moi égale celui des taureaux et des génisses que tes bouviers mènent paître dans la montagne.

Mégès, admirant l’esprit du Vieillard, lui dit avec douceur :

— Il faut une intelligence non petite pour contenir tant de chansons. Mais, dis-moi : ce que tu sais d’Achille et d’Ulysse est-il bien vrai ? Car on sème d’innombrables mensonges sur ces héros.

Et le chanteur répondit :