Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/61

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verte à queue ni le hennin cornu de Simone la Bardine ; toutefois, elle s’aperçut que cette femme ne menait pas une vie honnête. Elle éprouvait une aversion naturelle pour les femmes amoureuses et pour celles que les gens d’armes nommaient les « amiètes » ou leurs mies, mais elle connaissait par révélation qu’il faut avoir grande pitié d’elles et les traiter miséricordieusement. C’est pourquoi elle répondit avec douceur à Simone la Bardine :

— Le bon père viendra bientôt, s’il plaît à Dieu. Et nous n’aurons pas à regretter de l’avoir attendu, car il est savant en oraisons et ses sermons tournent le peuple à la dévotion plus encore que ceux de frère Richard, qui parla ce printemps en ce cloître-ci. Il en sait plus qu’homme du monde sur les temps qui viendront et apporteront d’étranges merveilles. Je crois que nous tirerons grand bien de sa parole.

— Dieu le veuille, soupira Simone la Bardine. Mais n’êtes-vous pas bien fâchée d’être aveugle ?