Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/94

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Frère Jean Turelure ne s’attendait pas à de si bons propos. Il en témoigna quelque satisfaction.

— Donc, madame, vous concevez vous-même qu’il faut changer de sentiments. Vous me promettez de régler désormais votre conduite sur l’idée que cette tête décharnée vous vient de donner. Ne le promettez-vous point à Dieu comme à moi ?

Elle demanda :

— Le faut-il donc ?

Il répondit qu’il le fallait.

— Je le ferai donc, dit-elle.

— Madame, voilà qui est bien. Il n’y a plus à s’en dédire.

— Je ne m’en dédirai point.

Ayant ouï cette promesse, frère Jean Turelure quitta la place, tout joyeux.

Et il s’en alla criant par la rue :

— Voilà qui va bien ! Avec l’aide de Dieu, Notre-Seigneur, j’ai viré et poussé devers la porte du paradis une dame qui jusqu’ici, sans forniquer précisément dans la manière que dit le prophète (C. XIV, v. 18), employait à tenter