Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/95

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les hommes le limon dont le créateur l’avait pétrie afin de le servir et de l’adorer. Elle quittera ces façons pour en prendre de meilleures. Je l’ai bien changée. Dieu soit loué !

Le bon frère avait à peine descendu l’escalier, quand messire Philippe de Coetquis le monta et gratta à la porte de madame Violante. Elle le reçut d’un air riant et le conduisit en un petit retrait, garni de tapis et de coussins à force, où il n’était point encore venu. De quoi il augura bien. Il lui offrit des dragées qu’il avait dans une boîte :

— Sucez, sucez, madame ; elles sont douces et sucrées, mais non point tant que vos lèvres.

À quoi la dame répliqua qu’il était bien vain et un peu sot de vanter un fruit où il n’avait pas mordu.

Il répondit à propos en la baisant sur la bouche.

Elle ne s’en fâcha guère et dit seulement qu’elle était femme d’honneur. Il l’en loua et lui conseilla de ne pas enfermer cet honneur en tel particulier logis où l’on pouvait atteindre. Car, sûrement, on le lui prendrait, et tout à l’heure.