Page:Anatole France - M. Bergeret à Paris.djvu/59

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catesse la poésie des lyriques grecs. Il touchait d’une main légère et sûre au texte fatigué de Théocrite. Son heureuse folie était de ne pas croire à la mort certaine de ses deux fils. En les attendant avec une confiance insensée, il vivait, en habit de carnaval, dans l’intimité généreuse d’Alcée et de Sapphô.

— Il nous donnait des berlingots, dit mademoiselle Bergeret.

— Il ne disait rien que de sage, d’élégant et de beau, reprit M. Bergeret, et cela nous faisait peur. La raison est ce qui effraye le plus chez un fou.

— Le dimanche soir, dit mademoiselle Bergeret, le salon était à nous.

— Oui, répondit M. Bergeret. C’est là, qu’après dîner, on jouait aux petits jeux. On faisait des bouquets et des portraits, et maman tirait les gages. Ô candeur ! simplicité passée, ô plaisirs ingénus ! ô charme des mœurs antiques ! Et l’on jouait des