Page:Anatole France - Nos enfants.djvu/34

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MARIE


Les petites filles ont un désir naturel de cueillir des fleurs et des étoiles. Mais les étoiles ne se laissent point cueillir et elles enseignent aux petites filles qu’il y a en ce monde des désirs qui ne sont jamais contentés. Mademoiselle Marie s’en est allée dans le parc ; elle a rencontré une corbeille d’hortensias et elle a connu que les fleurs d’hortensia étaient belles ; c’est pourquoi elle en a cueilli une. C’était très difficile : elle a tiré la plante à deux mains et elle a couru grand risque de tomber sur son derrière quand la tige s’est rompue. Elle est contente et fière de ce qu’elle a fait. Mais la nourrice l’a vue. Elle gronde, elle s’élance, elle saisit Mademoiselle Marie par le bras, elle la met en pénitence, non dans le cabinet noir, mais sous un grand marronnier, à l’ombre d’un vaste parasol japonais.

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Là, Mademoiselle Marie, surprise, étonnée, est assise et songe. Sa fleur à