Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, I.djvu/275

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Wagner. La rencontre de Nietzsche avec Burckhardt fut d’abord une de ces concordances, qui lui causaient du ravissement, parce qu’elles vérifiaient la justesse de sa pensée. Puis, une fois entré en confiance, il s’ouvrait davantage. L’action de Burckhardt sur lui a grandi à mesure qu’il l’a mieux connu. Il a appris de lui à se prémunir contre quelques-unes des déformations mentales dont s’accompagne l’abus des études historiques, à ne pas se perdre dans les fourrés de l’érudition, à garder le sens des faits généraux. Au milieu des ruines amoncelées plus tard par les négations outrancières de Nietzsche, les idées sur lesquelles il était tombé d’accord avec Burckhardt seront presque les dernières à rester debout. Il n’a pas tout emprunté à Burckhardt tout de suite. Ce sur quoi il se fit entre eux un accord immédiat, ce sont, croyons-nous, les idées que voici :

I
les facteurs principaux de la civilisation

On doit remarquer un titre commun aux deux grands ouvrages de Jacob Burckhardt : Die Kultur der Renaissance, Griechische Kulturgeschichte ; et il faut s’attendre à un litige avec la science allemande quand on essaie de traduire ce mot de Kultur. Est-il sûr qu’il puisse se traduire par le mot de « civilisation » ? Les Français, qui sont un peuple de vieille culture et qui ont écrit les plus anciennes histoires de la civilisation, entendaient par « civilisation », au temps de Guizot, non seulement « la pure perfection des relations sociales, de la force et du bien-être social », mais encore « le développement de la