Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, I.djvu/86

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pétie vengeresse qui attire notre attention, mais la grandeur nouvelle et déjà toute nietzschéenne du héros. Hœlderlin ramène jusqu’à Empédocle le cortège populaire. Encore une fois, la horde des insulteurs, conduite par le même prêtre Hermocrate, montera jusqu’à lui. Hermocrate ose parler en maître. Il ose, lui qui chasse les joies par des angoisses, qui étouffe au berceau les héros, et flétrit toute jeunesse par des doctrines d’astuce, offrir son arbitrage. Mais dans le duel avec l’esprit de feu de la philosophie, il succombera. La foule le sent bien, elle qui, faible et mobile, avait failli tuer l’homme envoyé par les dieux. À présent, convaincue, revenue à sa générosité naturelle, elle lui demande d’être son législateur. Elle lui offre la couronne royale. Il faut bien entendre cet enseignement qui est la source de plus d’une pensée de la morale « surhumaine ».

« Repousser, pour le bien de la patrie, la couronne que nous pourrions conquérir », c’était la morale que Hœlderlin puisait dans le Fiesque de son maître Schiller. Son Empédocle redira, en généralisant :


Dies ist die Zeit der Kœnige nicht mehr.


Et Zarathoustra répétera : « Was liegt noch an Kœnigen ? » L’aigle ne jette-t-elle pas dans l’espace les aiglons, dès que les ailes leur ont poussé ? Ainsi Empédocle, chez Hœlderlin, fait honte à ceux qui veulent faire de lui un roi, sous prétexte qu’il fallait des rois aux ancêtres. En échange de la couronne refusée, il offre à la multitude son secret, médité la nuit sous les étoiles, et pieusement réservé pour l’aurore, comme un dernier legs à la cité natale, avant de mourir. Ce secret, c’est le rajeunissement éternel de l’homme, par la mort régénératrice, par la révolution, par l’élan qui dépasse sans cesse l’échelon de la vie présente. Oui certes, l’homme a vécu, un temps,