Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/200

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doute. Cependant la révolte constante des égoïsmes. serait pire que l’installation au pouvoir des dynasties de bandits astucieux et forts qui se donnent aujourd’hui mission de nous pacifier [1].

Les actes conformes à la volonté de l’État, c’est-à-dire capables de faire durer la paix parmi les hommes, deviennent habitudes. Notre mémoire fixe les actes qui nous valent la sécurité, la considération d’autrui, les. égards des forts. Ce que nous espérons, c’est vivre. La volonté de vivre est la base de toute morale [2]. Puis, de cette pratique contrainte, mais devenue coutumière, il subsiste, même quand a disparu la coercition, l’idée d’une nécessité interne qui nous commande ; et c’est là le devoir. Il n’en faut pas être dupe. Dans tout ce que nous faisons ainsi, un égoïsme foncier subsiste. L’agitation de l’homme, ses guerres, ses délibérations, ses astuces, révèlent un carnassier raffiné [3]. Ce carnassier se souvient et calcule. L’État est le patron d’un égoïsme intelligent contre l’égoïsme inintelligent du pur rapace [4]. Notre science s’établissait par l’expérimentation do la résistance que nous oti’re le monde matériel. À cette science correspondent une morale et une politique qui calculent les résistances humaines.

Ce que prescrit cette morale, est-ce de la vertu vraie ? Par métonymie, nous appelons devoir le pli que nous gardons de la contrainte primitive, et nous croyons ce devoir rationnel, parce que le souvenir du calcul qui le motive s’est effacé. Mais toute honnêteté, toute équité, sont nées d’abord de l’expérience des douleurs passées. Elles con-

  1. Der griechische Staat, § 10 (W., IX, 155, 156) ; — Vom Nutzen und Nachteil der Historie, § 9. (W., I, 369.)
  2. Gedanken, 1870, § 38. (W., IX, 76.)
  3. Schopenhauer als Erzieher, § 5. (W., I, 436.)
  4. Vom Nutzen und Nachteil, § 9. (W., I, 369.)