Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/239

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La grande découverte que Nietzsche croyait avoir faite en voyant de près Richard Wagner, s’était traduite dans ce cri de joie :


Croyez-moi : Eschyle est encore vivant : Empédocle est encore des nôtres !


Et, dans l’ivresse de cette découverte, il se demandait s’il n’était pas lui-même Héraclite. Le chœur éblouissant des génies grecs lui parait s’être reformé. Il renaît dans l’Allemagne régénérée. Nietzsche ne se doute pas combien il est atteint, à ce moment, du monstrueux orgueil teutonique. S’il trouve trop grossière la philosophie qui interprète, comme le triomphe d’une culture intellectuelle supérieure, le succès si longuement préparé des armes allemandes, il n’a pas échappé au pharisaïsme de toute cette nation conquérante, qui ne pouvait se réjouir d’aucune gloire, sans y découvrir pour le moins l’indice d’une particulière grâce descendue sur le peuple allemand.

Mais aussitôt sa pensée généralise le fait observé. Cette grâce, il peut y en avoir des effusions nouvelles. Ce fait général, il est tenté alors de le dénommer d’un nom emprunté à la Gnose, la « restauration de toutes choses », die Wiederbringung aller Dinge, ἀποϰατάστασις πάντων (apokatastasis pantôn) [1]. Le commerce de Franz Overbeck le familiarisait avec cette

  1. Geburt der Tragödie, § 19 (W., I, 136) ; posth., § 162. (W., IX, 232.)