Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/243

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Dans l’universelle cruauté, et quand la mort les environne, les Grecs se font un charme de la mort même, par l’art. Ils sont les grands affirmateurs de la vie. Ils savent à la fois l’apercevoir telle qu’elle est, et l’embellir quand ils l’ont acceptée. Ils excellent également dans la science et dans l’art, parce qu’ils s’en font un double outillage pour transformer les conditions de la vie. Ils ne s’alourdissent pas l’esprit de notions mortes. Ils ne sont pas des historiens. Ils ont la mémoire sainement oublieuse des bêtes. Ils ne s’instruisent que pour vivre, et leur façon d’apprendre ressemble à celle de la vie. Jacob Burckhardt a décrit leurs emprunts innombrables aux peuples voisins. L’érudition moderne en découvre de nouveaux tous les jours. La Babylonie, la Phénicie, la Lydie, l’Égypte fournissent aux Grecs la forme de leurs cités et de leurs dieux, leurs formes d’art. Ils mettent les nations au pillage. Ils se nourrissent, comme une espèce vivante et rapace, de la dépouille d’autrui. Ils assimilent cette matière, et l’ordonnent sans amour-propre d’inventeurs : ils comptent sur une force créatrice, spontanée, dont ils sentent en eux la présence. Ainsi la cité grecque devint un centre fourmillant d’individus puissants ; et toute la civilisation grecque fut une floraison démesurée d’hommes et d’œuvres. Elle dut périr suivant la loi d extinction brusque des, espèces géantes : Leur taille et leur spécialisation avancée leur créent un désastreux désavantage. La haute et subtile raison des Grecs, comme leur fougueuse et Imaginative passion, furent deux outils trop développés pour les adapter à la vie. Ils moururent dans une catastrophe foudroyante quand le monde appartint à la discipline prosaïqiie et aux solides vertus, comme périt une espèce par la submersion d’un continent.

Parmi les efforts, qui ont abondé dans le demi-siècle passé, pour réintégrer dans la biologie les faits de la vie