Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/267

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tout à fait de dévouement social. Toutes les autres classes subissent la fascination de l’État ou sa forte mainmise. Elles se sentent à son service. Les classes riches seules refusent de reconnaître ce commandement obscur. Ce sont elles qui régissent l’État et en font leur instrument. Sa méfiance s’endort, parce que d’abord elles l’aident et l’agrandissent. La poussée capitaliste distend les frontières afin d’élargir le marché intérieur. Elle les distend aussi pour créer une multiplicité de grands États qui se fassent équilibre. Les agressions se feront plus rares, à mesure que le risque en sera plus grand. Il s’agit de rendre impossible la piraterie de violence, où le capitalisme court des dangers, et de permettre seulement le brigandage à demi pacifique par lesquelles les commerçants et les industriels savent razzier le monde. La présente « politique des nationalités » est un calcul subtil de la bourgeoisie pour amener, à travers une période de paix armée, la paix définitive. On essaiera de garrotter le conquérant, après l’avoir lancé dans les aventures, d’où le capitalisme entend tirer des bénéfices. On tâchera ensuite d’évider peu à peu son autorité. On défera le lien magique qui attachait les masses aux héros. On leur jettera comme appât le suffrage universel. Le vrai roi sans couronne, ce sera la majorité. Le « libéralisme » est une autre institution d’astuce, qui a pour effet et pour visée d’arracher aux monarques le droit de guerre [1]. Ainsi se trouvera réduite encore la part de l’enthousiasme tragique parmi les hommes ; et le mercantilisme dominera.

À son tour, la bourgeoisie capitaliste mettra sa marque sur les individus. Mais elle exige d’eux une culture qui stimule le pur besoin matériel et, par le besoin, active la

  1. Ursprung und Ziel der Tragödie, § 10, posth. (W., IX, 160-162.)