Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/266

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guide. Ils ont pénétré jusqu’à la vie éternelle, dont le courant passait en eux à leur insu : et ils ont participé, par une influence magique, à l’existence môme des génies où s’exprime la plus forte énergie du peuple et son talent le plus original.

L’individu meurt toujours pour des fins qui ne sont pas les siennes ; mais la contemplation artiste peut s’ouvrir dans le plus humble de nous. C’est pour nous permettre de les contempler que s’accomplissent le tournoi sanglant des États et la danse des étoiles impassibles. Cette contemplation suppose un heureux équilibre des instincts. Quand les instincts sont mytilés ou pléthoriques, c’est entre eux le carnage ; et dans l’État même, la lutte qui déchire les liens sociaux. L’État présent, parce qu’il est militarisé, se croit fort. Ce n’est jamais une force que de manquer sa destinée. Au terme, ce qui fonde les États véritables, ce n’est pas la contrainte, mais le sentiment fraternel qui fait d’eux des patries, et la magie secrète qui cimente l’union des âmes dans un effort de haute culture. « L’histoire universelle est le jugement dernier des peuples », avait dit Schiller. Mais le champ clos où il s’agit de vaincre, c’est la mémoire des nations : Elle n’a de lauriers que pour des qualités éternelles.


II. — La faillite du régime social présent.


Aussi bien l’État de brutalité pure subit l’action dissolvante des conflits sociaux qu’il engendre, quand sa destination était de les apaiser. État-pirate, comment ne serait-il pas le complice de ceux qui, par des procédés légaux, mais indélicats, savent rançonner leurs contemporains ? Ils amoncellent pour lui des réserves où il se chargera de puiser. Mais il ne se défie pas assez d’eux. Les classes riches, clairvoyantes par situation, manquent