Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/281

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organes nécessaires d’une meilleure adaptation à la vie, Nietzsche n’a-t-il pas effacé la grande distinction entre la pensée artiste et la pensée socratique ? Il y sera conduit peut-être bientôt. Pour l’instant il rapproche seulement les deux faces de l’esprit apollinien, la faculté des images et la faculté des concepts. Il résorbe la pensée abstraite dans l’imagination. Bientôt il fera le contraire. Provisoirement, l’esprit dionysiaque est hors de cause. Il s’agit dune révélation où la science elle-même nous achemine. Le génie artiste seul peut nous la donner entière. Quand nous la recevons, l’intelligence du déterminisme universel s’évanouit pour faire place à une vision plus redoutable, et qui échappe à toute loi : la Fatalité tragique.


II. — Le préjugé historique.


Une leçon semblable se tire de l’usage et de l’abus qui est fait des sciences les plus familières à Nietzsche : les sciences historiques. C’est pourquoi la IIe Intempestive, qui leur est consacrée, nous offre un si notable fragment de confession personnelle [1]. Nietzsche avait cherché, par une initiation tardive aux sciences naturelles, à s’informer de l’évolution de toute vie. Lutter, durer, s’adapter, ce sont les trois fonctions vitales : la fonction offensive, la fonction d’hérédité, la fonction d’adaptation. On reconnaît ces fonctions lamarckiennes personnifiées dans les trois types d’hommes auxquelles Nietzsche confie la destinée de la vie sociale : les agissants, les traditionnels, les révoltés. Nietzsche veut que l’histoire, en quelque façon, serve l’action ou la tradition, ou encore la révolte nécessaire de ceux qui souffrent de l’action ou de la tradition. Cela le situe nettement dans cette génération

  1. V. La Jeunesse de Nietzsche, p. 405 sq.