Page:Andreïev - Les Sept Pendus (Trad. Serge Persky), 1911.djvu/102

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et gaie, et tout s’éteint. De nouveau, les heures sonnent au clocher.

De nouvelles formes viennent, qui se penchent sur elle, l’entourent d’un nuage transparent, et l’élèvent très haut, là où planent les oiseaux de proie. À gauche, à droite, en haut, en bas, partout des oiseaux crient comme des hérauts : ils appellent, ils avertissent. Ils déploient leurs ailes, et l’immensité les soutient. Et sur leur poitrine gonflée qui fend l’air, se reflète l’azur étincelant. Les battements du cœur de Moussia deviennent de plus en plus égaux, sa respiration de plus en plus calme et paisible. Elle s’endort ; son visage est pâle ; ses traits tirés ; ses yeux cernés. Sur ses lèvres un sourire. Demain, quand le soleil se lèvera, ce visage intelligent et fin sera déformé par une grimace qui n’aura plus rien d’humain ; le cerveau sera inondé d’un sang épais ; les yeux vitrifiés sortiront des orbites. Mais aujourd’hui, Moussia dort tranquille et sourit dans son immortalité.

Moussia dort.