Page:Andreïev - Les Sept Pendus (Trad. Serge Persky), 1911.djvu/122

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— Joie de tous les affligés !

Et il répéta avec anxiété, d’un ton suppliant :

— Joie de tous les affligés, descends en moi, soutiens-moi !…

Quelque chose s’agita doucement. Il lui sembla qu’une forme douloureuse et douce planait dans le lointain et s’éteignait, sans illuminer les ombres de l’agonie. Au clocher, l’heure sonna. Le soldat se mit à bâiller longuement, à plusieurs reprises.

— Joie de tous les affligés ! Tu te tais ! Et tu ne veux rien dire à Vasska Kachirine !

Il eut un sourire suppliant et attendit. Mais, dans son âme, il y avait le même vide qu’autour de lui. Des pensées inutiles et torturantes lui vinrent ; il revit les bougies de cire allumées, le prêtre en soutane, l’image sainte peinte sur le mur, son père qui se courbait et se redressait, priait et s’inclinait, en jetant à Vasska des coups d’œil furtifs, pour voir si celui-ci priait aussi ou s’amusait. Et Kachirine fut encore plus angoissé qu’auparavant.