Page:Andreïev - Les Sept Pendus (Trad. Serge Persky), 1911.djvu/129

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n’existe pas. Je regarde les murs, et il me semble qu’ils n’existent pas non plus. Et je me sens libre comme si, au lieu d’être en prison, je venais de sortir d’une autre cellule où j’aurais été enfermé pendant toute la vie. »

Les mains de Werner se mirent à trembler, phénomène inconnu pour lui. La pensée devenait de plus en plus vibrante. Il lui semblait que, dans sa tête, des langues de feu s’agitaient et voulaient s’échapper de son cerveau afin d’éclairer le lointain encore obscur. Enfin, les flammes parvinrent à jaillir, et l’horizon s’illumina d’une vive clarté.

La vague lassitude qui avait tourmenté Werner pendant les deux dernières années avait disparu à la vue de la mort ; sa belle jeunesse revenait en jouant. C’était plus, même, que la belle jeunesse. Avec l’étonnante clarté d’esprit qui élève parfois l’homme sur les sommets suprêmes de la méditation, Werner vit soudain et la vie et la mort ; et la majesté de ce spectacle nou-