Page:Andreïev - Les Sept Pendus (Trad. Serge Persky), 1911.djvu/37

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minutes plus tard, le jeune visage avait repris son expression naïve et se tournait vers le ciel printanier.

C’est vers le ciel aussi que regardait une jeune fille inconnue, surnommée Moussia. Elle était plus jeune que Golovine, mais semblait être son aînée par sa gravité, le sérieux de ses yeux loyaux et fiers. Seuls, le cou délicat et les bras minces décelaient ce quelque chose d’insaisissable, qui est la jeunesse elle-même et qui résonnait si distinctement dans sa voix pure, harmonieuse, pareille à un instrument de prix et d’un accord parfait dans chaque mot. Moussia était très pâle, de cette blancheur passionnée, particulière à ceux qui brûlent d’un feu intérieur, radieux et puissant. Elle ne remuait presque pas ; de temps à autre seulement, d’un geste à peine visible, elle tâtait, au troisième doigt de la main droite, une trace profonde, la trace d’une bague récemment enlevée. Elle regardait le ciel avec calme et indifférence, simplement parce que tout, dans cette salle banale et malpropre, lui était