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ÉDITIONS DU XVIIIe SIÈCLE

lesherbes que dépendait toute l’affaire. Rey ne ménage ni les sollicitations ni les voyages. Il vint à Paris en décembre 1760 (où il vit même Rousseau à Montmorency), et en janvier 1761[1]. Il n’obtint qu’un demi-succès.

Pour Malesherbes, Rousseau avait vendu son manuscrit à un libraire de Hollande. Il n’avait plus à s’occuper des conditions de la mise en vente. C’était au libraire à calculer ses droits et ses intérêts. Or rien ne pouvait interdire aux libraires français de réimprimer à leur guise un ouvrage édité à l’étranger ; toutes contrefaçons étaient légitimes. Dans tous les cas elles étaient possibles avant même l’arrivée à Paris des ballots pour Robin. Malesherbes avait reçu de Rey, en novembre 1760, un volume, puis six exemplaires qu’il n’avait pas gardés pour lui. Rey s’en inquiète et s’en plaint, en constatant le 31 décembre que de ces six exemplaires trois courent de mains en mains. Le chevalier de Lorenzi écrit lui aussi qu’il y a deux exemplaires « qui trottent de l’un à l’autre ». Rey d’ailleurs a lui-même commis des imprudences, puisque dès le commencement de décembre il a prêté Julie à Dangirard, un correspondant de Rousseau. Aussi écrit-il lettres inquiètes sur lettres pressantes. Malesherbes refuse de recevoir en présent les trois exemplaires du roman et les paye. Il refuse d’interdire la contrefaçon. Il ne reste donc plus qu’à canaliser cette contrefaçon en sauvant Robin et l’argent de Rey. On demandera à Malesherbes de donner à Robin le droit exclusif de réim-

  1. Bosscha : pp. 117, 111. Lettres de Rey du 20 décembre 1760 et 9 janvier 1761.