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(1389). RÉUNI (1390)

faire remettre en liberté les individus arrêtés dans la nuit au collège des Jésuites et à la Providence. Il répondit nettemerit que cette mesure était impossible, que la justice seule pouvait faire relâcher ces individus, si elle constatait que leurarrestâtion avait été illégale, que quand aux voeux qui devaient être exprimés, s’ils l’étaient pacifiquement, il les examinerait et les transmettrait, "« s’il y avait lieu, » au gouvernement métropolitain. — - -

La nuit fut calme, Le 2 au matin M. Dupré donna l’ordre au comriiandant de la, milice de convoquer pour cinq heures du soir les citoyens ’ qui en font partie. Il comptait les passer enrëvue et s’assurer s’il pourrait les erriployer utileriierit au rétablissement de l’ordre dans la ville.’-Malheurërisement ses ordres furent imparfaitement exécutés, et il drit provoquer iriimédiatement la dériiission du commandant dés milices. D’un autre côté, les agitateurs, redou- "tarit, le concours que Oecorps pouvait donner à laçarise4e l’ordre, firent courir le bruit que l’on ne convoquait la milice que pour laplésarmer. À quatre heures de l’après-midi on annonça à M, Dupré qu’un attroupement mal disposé se forriiait devant l’hôtel de ville. Il s’y rendit’sur-le-champ pour, démentir les bruits perfides et demander à tous ceux qui étaient réunis autour de lui quel était celui d’entre eux qui oserait l’accuser de trahison. Il protesta de sa confiance dans 1^ milice, à laquelle il donna

’ dô "nouveau reridez-Vousàsept heures et demie du soir, pour la faire participer à la garde de là cité’ et au maintien de la tranquillité. Mais dans la soirée on lui ’apprit qu’elle ne se réunissait pas, el que le nombre des agitateurs grossissait devant l’hôtel de ville. Les troupes prirent position : deux compagnies et deux obusiérs derrière l’hôtel de ville ; une cô.mpagriie à la Providence ; 140 hommes répartis entre le Collégedes Jésuites, : là place et la prison ; la

gendarmerie au Gouvernement.

Vers huit heures, le directeur de l’intérieur, le maire, le procureur impérial, le commissaire central dé police se rendirent à l’hôtel de ville, pendant que l’ordonnateur, le procureur général, un membre du Conseil privé, M. Bertho, le commandant de la gendarmerie, se réunissaient au Gouvernement pour aviser aux, mesures à

, prendre. ;’, — ’, ’ ;’., *"

Des tentatives de conciliation réitérées furent faites par le maire, le procureur impérial, le commissaire central et le lieutenant-colonel Mâssaroli, qui envoya, vers neuf heures, à M. Dupré, le capitaine Auvre pour le prévenir que lariiodération, prise pour de la faiblesse, ne faisait qu’irriter davantage la foule, et que le moment lui semblait venu de faire faire les sbrhmalipns, Déjà l’on voyait apparaître l’élé-’ nient de la population aïoi-re.j qui eût pu déterminer de désastreuses conséquences* M. Dupré chargea aussitôt le capitaine Lambert, son aide de -camp, d’aller s’assurer de la situation, pour lui en rendre compte.

Pendant que cet officier remplissait sa mission, le directeur de l’intérieur vint dire à M. Dupré qu’il était temps de faire les sommations, devant lesquelles l’émeute se dissiperait probablement, tandis que, si l’on tardait, ladispersioii deviendrait plus difficile. M. Dupré se disposait à l’accompagner, quand son aide de camp revint confirmer les appréciations précédentes, et joindre ses prières à celles du directeur de l’intérieur pour l’engager à rester au Gouvernement, afin d’aviser suivant la tournure que prendraient les événements. Cédant à leurs sollicitations^ 31. Dupré donna l’ordre de taire faire les sommations, et le directeur, de l’Intérieur retourna à l’hôtel de ville, oùlesmenàcës les plus ardentes, les cris les plus séditieux s’élevaient dé tous les points du rassemblement, qui occupait là rue de Paris-au-dessuë et au-dessous de l’hôtel de ville.

Après chaque sommation, faite lentement-et à très-haute voix, le maire, M. Gibért des Mo-Hères, pénétrait dans la foule, adjurant ses concitoyens de-se retirer. Les fonctionnaires présents, le colonel, le commandant. Mârvereaux, le capitaine Lambert, joignaient leurs exhortations, leurs instances à celles du premier magistrat de la cité. Tout fut inutile : les vo^- • itérations et les menacés dés éineuliérs continuaient plus furieuses. Après Une demi-heure écoulée entre le moment où l’ordre fut donné au maire de procéder aux sommations légales

et celui où l’autorité civile se retira, la troupe

dut remplir son triste devoir. La colonne se " mit en marche, au pas, l’arme sur l’épaule, refoulant lentement le rassemblement, qui ne cédait le terrain que pied à pied, puis elle accéléra le pas^La tête de colonne, remontant là rue dé Paris, était arrivée à deux cents mètres environ de l’hôtel de ville quand deux coups de feu furent tirés sur la troupe. Une grêle de pierres l’assaillit en même temps. En voyant deux hommes tomber à ses côtés, un caporal et un lieutenant, un soldat ne put se contenir et tira son coup de carabine, qui..fut suivi de plusieurs autres avant que le Commandant Marvereaux pût faire cesser le feu. Quelques autres coups de carabines, provoqués par une grêle de pierres, furent tirés à la hauteur de la rue Saint-Denis, et furemarrêtés parla sonnerie de cesser le feu, commandée par le capitaine Lambert. L’émeute quitta alors la rue de Paris, pour se réfugier dans les rues perpendiculaires, où quelques coups de fusil, motivés par une attaque dirigée contre un clairon envoyé en ordonnance par le colonel, furent tirés dans les rués de l’Église et de Labourdonnais.