Page:Anonyme - Brun de La Montaigne.djvu/32

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
12
brun de la montaigne

— Amis, » ce dit Butors, « drois est que je t’en croie,
« Mais j’ai, par Dieu, moult grant desir que je les voie.
— Sire, » dit li varlès, « pour quoy vous mantiroie ?
« Quant courtoissie ai pris, se je ne m’en louoie
325« J’en vauroie trop mainz et a vous l’embleroie.
— Porquoy ? » ce dist Butors, « di moy, se Diex t’avoie,
« T’a on aucun bien fait en mi lieu de ta voie ?
— Ouyl, » dit li varlès, « mais por certain cuidoie
« Mourir dedens cel bois quant en milieu estoie,
330« Car mes chevaus mourut que chevauchier devoie,
« Si vi .iiij. murdrie[r]s dont forment m’esmaioie
« Ainsi qu’en la forest tout a pié m’en venoie.
« Li .j. de ces murdriers me prist par la courroie,
« Et dit que leur truage avec moi emportoye,
335« Et que de mon chatel ou du cors paieroie.
« Et je leur respondi : Je n’ai grain de monnoie.
« De vous me renommai et dis qu’a vous estoie,
« Et que d’un lonc mesage a vous m’en retornoie.

XVIII[1]

« Quant li .iiij. murdrier m’orent moult apressé,
340« Il en i avoit un mout plain de grant fierté
« Qui dit a moi : Amis, or me di verité,
« Es tu dont a Butor, le seigneur redouté ?
(f° 10)« C’est mes cousins germains en fine loiauté,
« Et pour l’amour de lui j’avrai de toy pitié,
345« Et si te baillerai .j. destrier ensellé.
— Sire, por vostre amor me fist ceste bonté ;
« Son non li demandai en fine loiauté
« Et il le me dist tost voulentiers et de gré :
« Morgadas de Tarsie, ainsi l’a on nommé.
350« Chiers sire, il m’a donné ce cheval abrivé,
« Et quant en vostre non m’a fait telle honnesté
« J’en rens graces a vous, plus ne vos ert celé.

  1. — 352. ert, ms. est.