Page:Anonyme - Brun de La Montaigne.djvu/50

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
30
brun de la montaigne

XLVIII[1]

Dist Bruians : « Il est tans que de ci nous partons. »
855Et li troy compaignon dirent : « Il est raisons.
« Or veille Diex garder l’enfant : nous le lairons,
« Ne jamais devers li nous ne retornerons
« Juque a l’eure que nous aucun bien en sarons. »
Dist Bruians : « Biau seigneur, or [par ci] nous muçons ;
860« Alons dedens le bois, mès pour Dieu n’esloignons
« Cel estre la ou il est, que l’enfant ne perdons,
« Car s’il estoit perdus, sachiés pendus serions ;
« L’eure aproche que tost les nouvelles orons,
« Qu’a Butor no seigneur, se Diex plest, porterons ;
865« Et soiés tous certains que riens n’i perd[e]rons,
« Mais que l[e sien] enfant sain et sauf raportons,
« Avec le grant eür que nous i atendons.
(f° 20)« Or faites, biau seigneur, et si nous en alons ;
« Montons sur nos chevaus, o nous les enmenons,
870« Et si soions en lieu ou bien veoir puissons
« Ce pour quoy sommes ci et que nous atendons. »

XLIX

Quant des compaignons fu lessiés li jouvenciax,
Il sont errant monté sur leur .iiij. chevaux,
Si sont entrés ou bois en faissant moult grans saux,
875Mais demouré estoit .j. mout riche jouaux,
Et si trés graciex et si especïaux
Conques nus hom ne vit, ne pappe ne legax,
N’arcevesque[s] ausi, prelas ne cardinaux.
Or fu des chevaliers pris si nobles consaus
880Qu’il se mistrent ou bois sans noisse et sans travax.
Quant il furent muciés si dissoient entr’ax,
Que nus ne les ooit : « Cilz enfes est royaux ;

  1. — 858. Juques. — 860. Corr. L’estre ? — 864. se, ms. de.