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brun de la montaigne

(f° 25)« Dame, » dist la mestresse, « il vous a enchanté !
« Il a entre vous .ij. si trés grande amistié
« Qu’encor en ferés vous, je croy, vostre privé.
— Dame, ne vous en chaut se je l’ai enamé ;
1115« Se povrement l’avés au jour d’ui estriné,
« Se Dieus plaist, miex avra que n’avez destiné.
« Alons nous ent de ci, trop avons demouré,
« Il est près que li coc doivent avoir chanté. »
Mais celle qui avoit son cuer enamouré
1120Por le petit enfant, l’a encore esgardé,
Tant que veoir le pot i a des yeus geté,
Et tous jours en alant a du cuer soupiré.

LXIV[1]

Ainsi fu congié pris des dames a l’enfant ;
Chascunne li donna biau don et sousfissant,
1125Fors tant que la mestresse en fist .j. moult pesant
Dont li enfes eut puis de la grief painne tant
Conques nus hons n’en eut autant a son vivant,
Ainsi com vous orés ci après ou roumant.
Li enfes fu assés près du ruisel courant,
1130Par delés la fontainne en .j. biau lieu plaissant,
Qui estoit par desous .j. chastenier moult grant.
Et puis si li ont dit : « Pourquoy tardons nous tant ?
« Delivrons nous pour Dieu ! et si alons avant ;
« Les trois dames s’en vont, or n’alons plus tardant,
1135(v°)« Et si seront, je croi, ja tost li coc chantant.
« Alons prendre no fil, si l’enportons errant,
« Car s’il y venoit ja .j. lyon ravisant,
« Il pourroit estrangler ce que nous amons tant. »
Adont monta chascun desus son auferrant,
1140A la fontaine sont venu [tres]tout courant :
Chascun mist pié a terre et ont saissi l’enfant ;
Nus homs ne vit plus bel puis le temps roy Priant.

    — 1112. Ms. amitié. — 1118. coc, ms. cols.

  1. — 1127. Ms. ne neut. — 1131. Lacune ?