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la coercition et les langues

qui ne la comprenaient, ni ne la parlaient ; puis, par l’ouverture d’écoles officielles où l’on n’enseignait que le français ; écoles qui sont restées inutiles ; soit parce que les enfants ne les fréquentaient pas, soit que, tout en les fréquentant, ils en tiraient peu de profits, l’enseignement étant donné dans une langue qu’ils ne comprenaient qu’imparfaitement.

Vers 1850, les Frères de l’Instruction chrétienne de Ploermel inaugurèrent le système des écoles bilingues, c’est-à-dire qu’ils se servirent du breton pour enseigner le français ; et ces écoles seules donnèrent de bons résultats. C’était évidemment une méthode trop rationnelle pour que le gouvernement l’adoptât dans ses écoles officielles. Mais, du moins, il laissa faire dans les écoles libres.

Alors parut Combes 1er, l’Ineffable ; vous savez, celui qui s’asseoit sur la loi quand la loi le gêne. Ce kaiser au petit pied, mécontent des Bretons pour diverses causes, s’avisa de leur défendre de parler leur langue à l’école, dans l’administration, à l’église (!!!) et généralement partout (vous voyez que le juge Lennox n’a rien inventé). L’effet de cet ukase fut épatant, comme dirait Clémenceau.

Il n’est pas nécessaire d’être grand psychologue pour deviner qu’il doit y avoir une certaine antipathie entre la partie bretonnante de la Bretagne et la partie où l’on ne parle que le français, la partie gallaise, comme on dit là-bas. Il y a vingt-cinq ans, un Gallo aurait certainement regardé comme un déshonneur d’apprendre le breton. Et il y a une soixantaine d’années, pendant une vacance du siège épiscopal de Vannes, un vicaire capitulaire ayant voulu imposer des cours obligatoires de breton au grand séminaire, on fut obligé de les supprimer bien vite pour ne pas voir tous les séminaristes du pays gallo quitter le séminaire. Or l’ukase Combes produisit cet incroyable résultat, que les étudiants de la partie française furent les premiers à demander l’établissement de cours de breton dans les collèges et les séminaires, et que, depuis, beaucoup les suivent. — Je crois que la circulaire Combes est à peu près tombée en désuétude. Sans cela, il n’y a aucun doute qu’avant longtemps on se remettrait à parler breton dans toute la Bretagne.