Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 8.djvu/492

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L’Isle inconnue

touchans, le françois parut ému, & tous nos gens, l’œil humide, applaudirent du fond du cœur ; mais l’anglois ne mêla pas ſa voix à ce concert de louanges. Il regarda l’eſpagnole d’un air de pitié, & sourit dédaigneusement aux autres, comme ſ’il se moquoit de leur ſimplicité ; ce qui fut remarqué par quelques-uns d’entre eux, & leur fit juger peu avantageusement de la façon de penſer & du caractère de cet homme, dont la colonie a eu depuis tant de ſujets de ſe plaindre.

Nos gens, foibles de besoin & accablés de laſſitude, ſ’arrrêtèrent dans le lieu de ſûreté où ils ſe trouvoient alors, pour y prendre de la nourriture & du repos, & quand ils eurent recouvré les forces qui leur étoient néceſſaires, ils deſcendirent dans le vallon, & marchèrent vers la rivière, fâchés de n’avoir pas dans ce moment la chaloupe qui les avoit amenés, quand ils alloient chaſſer dans les montagnes : mais ce regret ne dura pas long-temps ; car ils n’avoient fait que peu de chemin, lorſqu’ils aperçurent de loin une chaloupe à la voile, qui remontoit le fleuve, & qui, pouſſée par un vent favorable, vint bientôt aborder à la rive la plus prochaine.

Ç’étoient Henri, Baptiſte, & Guillaume, accompagnés de quelques-uns de leurs fils, qui,