Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 8.djvu/494

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L’Isle inconnue

ligence, qu’on arriva le même ſoir au bord de la prairie, au deſſous de l’eſplanade. Le père, qui guettoit le retour de ſes enfans, étoit accouru au devant d’eux pour les recevoir. Sa joie & ſurpriſe furent extrêmes de voir les nouveaux venus, & d’apprendre par quel miracle ſes gens les avoient dérobés à la mort, & ſ’étoient ſauvés eux-mêmes. Il frémit des dangers qu’ils avoient courus ; puis les embraſſant avec tendreſſe, il leur recommanda la diſcrétion sur leur aventure, & ſe chargea d’en apprendre la nouvelle à Éléonore & à ſes filles, de crainte que tout autre, en leur faiſant ce récit, ne ménageât pas aſſez leur extrême délicateſſe.

La paſſion de Baptiſte & ſon évaſion de l’iſle, en y attirant les nègres, avoient donné lieu à la première guerre ; l’imprudence de Joſeph, en ſécartant des limites que le repos commun & ſa propre ſûreté lui défendoient de paſſer, devint l’occaſion d’une guerre nouvelle, & jeta dans quelques eſprits une ſemence de trouble & de diſcorde, qui, germant ſourdement & venant enſuite à ſ’étendre par les malheurs publics, fut ſur le point de bouleverſer la colonie & d’en opérer la ruine. C’eſt ainſi qu’en ſ’éloignant de l’ordre & de la raiſon, on excite les paſſions, on dégrade les mœurs,