Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/106

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cendres grises…… et, là bas, l’autre fauteuil attend, froid et solitaire.

Elle rêve…

Pauvre Georges !… Qui aurait cru à un si rapide dénouement ?… Deux ans de fol amour, — l’amour avec ses furies de bête fauve et ses rages !… Deux ans de passionnante ivresse, durant lesquels leurs lèvres ne s’étaient désunies, blanches de leurs fiévreuses extases !… Deux ans !… Et il avait fallu que l’implacable faucheuse vînt briser leurs enlacements, jalouse !…

Pauvre Georges !… Il est là devant elle, avec sa figure grave et mélancolique, ses yeux noirs aux paupières fatiguées lançant des regards voilés, pleins de langueur. Depuis le premier jour où elle l’avait vu — son Georges ! — elle s’était senti attirée vers lui, vaincue, sans force, sous le charme. Oh ! qu’il était beau avec son front pur, ses cheveux épais et blonds, — d’un blond d’aurore, — large des épaules, imposant. Elle le revoit tel qu’il était aux temps de leurs fiançailles, quand ils vivaient d’espérance, de cruelle attente, de brûlants désirs !… Et quand alors ils avaient été l’un à l’autre, ç’avait été une extase infinie dans un long et rauque baiser d’amour, — baiser éternel !…

La mort !

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La petite veuve frissonne.

Elle rêve toujours, en regardant les tisons qui s’écroulent en cendres grises.

Elle rêve à cet autre, — l’Inconnu ! — qui doit remplacer son Georges enterré, ce matin, à onze heures, par un temps de pluie froide.


Bruxelles, le 13 décembre 1886.