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CONTES DE PROVENCE

blé moi-même, c’est un signe que je n’aurai plus besoin de tant de pain. »

On lui fit remarquer qu’il y avait sacrilège à laisser périr le bon grain.

« Attendez l’hiver, attendez, les oiseaux me donneront raison… »

Et comme le père Noé passait pour un peu sorcier, tout le monde augura qu’il sentait sa fin, qu’il mourrait bientôt et que la saison serait mauvaise.

En effet, cette année-là, décembre s’annonça terrible.

Les montagnes d’abord apparurent ourlées de neige à leur crête. Puis la neige gagna les plaines ; et, le vent des Alpes soufflant, des flocons se mirent à tomber, lents et drus. Au bout de deux jours, quand le temps s’éclaircit, toute la campagne, à perte de vue, était blanche — fossés comblés, haies recouvertes — et sans les lignes de grands noyers, on n’aurait pas pu reconnaître les routes. Un froid dur avec cela, si dur que les rochers mouillés se recou-