Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/513

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nombre inusité de prises de tabac à l’aide desquelles le conteur voulait légitimer de fréquentes pauses et se donner le temps de la réflexion. Aussi lui adressa-t-il cette question indiscrète : « Est-ce, par hasard, que vous nous raconteriez une histoire de votre cru ? – Ce doute m’étonne, repartit naïvement le vieillard : depuis vingt ans que j’ai le bonheur de passer mes soirées avec vous, je ne fais pas autre chose ! Est-il vraiment possible qu’on ait voulu faire de moi un émule de Robertson ou de Hume, lorsque toutes mes prétentions se bornaient à marcher, de bien loin, sur les traces de la princesse Scheherazade des Mille et une Nuits ? »

Chaque année, durant un très-court voyage à Londres ou dans d’autres villes moins éloignées de Birmingham, Watt faisait un examen détaillé de tout ce qui avait paru de neuf depuis sa précédente visite. Je n’en excepte même pas le spectacle des puces travailleuses et celui des marionnettes, car l’illustre ingénieur y assistait avec l’abandon et la joie d’un écolier. En suivant, encore aujourd’hui, l’itinéraire de ces courses annuelles, nous trouverions en plus d’un endroit des traces lumineuses du passage de Watt. À Manchester, par exemple, nous verrions le bélier servant, d’après la proposition de notre confrère, à élever l’eau de condensation d’une machine à vapeur, jusqu’au réservoir alimentaire de la chaudière.

Watt résidait ordinairement dans une terre voisine de Soho, nommée Heathfield, dont il avait fait l’acquisition vers 1790. Le respect religieux de mon ami, M. James Watt, pour tout ce qui rappelle la mémoire de son père, m’a valu, en 1834, la satisfaction de retrouver la biblio-