Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/53

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monde le même M. Hassenfratz et eut avec lui une discussion. En rentrant le matin à l’École, il nous fit part de cette circonstance. — Tenez-vous sur vos gardes, lui dit l’un de nos camarades, vous serez interrogé ce soir ; jouez serré, car le professeur a certainement préparé quelques grosses difficultés, afin de faire rire à vos dépens.

Nos prévisions ne furent pas trompées. À peine les élèves étaient-ils arrivés à l’amphithéâtre, que M. Hassenfratz appela M. Leboullenger qui se rendit au tableau.

« M. Leboullenger, lui dit le professeur, vous avez vu la lune ? – Non, Monsieur ! — Comment Monsieur, vous dites que vous n’avez jamais vu la lune ? — Je ne puis que répéter ma réponse ; non, Monsieur. » Hors de lui, et voyant sa proie lui échapper à cause de cette réponse inattendue, M. Hassenfratz s’adressa à l’inspecteur, chargé ce jour-là de la police, et lui dit : « Monsieur, voilà M. Leboullenger qui prétend n’avoir jamais vu la lune. — Que voulez-vous que j’y fasse ? » répondit stoïquement M. Lebrun. Repoussé de ce côté, le professeur se retourna encore une fois vers M. Leboullenger, qui restait calme et sérieux au milieu de la gaieté indicible de tout l’amphithéâtre, et il s’écria avec une colère non déguisée : « Vous persistez à soutenir que vous n’avez jamais vu la lune ? — Monsieur, repartit l’élève, je vous tromperais si je vous disais que je n’en ai pas entendu parler, mais je ne l’ai jamais vue. — Monsieur, retournez à votre place. »

Après cette scène, M. Hassenfratz n’était plus professeur que de nom, son enseignement ne pouvait plus avoir aucune utilité.